Atténuez ces lignes que je ne saurais voir

Le pickleball, vous connaissez ? Sport de raquette en pleine croissance, il est de plus en plus intégré aux terrains de tennis extérieurs. Ce qui pose, pour les adeptes de celui-ci, différents désagréments. Quelles sont les solutions ?

Frédérick Duchesneau

FRÉDÉRICK DUCHESNEAULA PRESSE

La popularité du pickleball ne se dément pas. Ce sport de raquette issu des États-Unis gagne de plus en plus de terrain. Dans tous les sens.

D’abord, qu’est-ce que le pickleball ? En résumé, un mélange de tennis, de badminton et de ping-pong qui, comme ces sports, se pratique aussi bien en simple qu’en double.

Découvrez le pickleball

La taille de la surface de jeu est celle d’un terrain de badminton.

En gymnase, la pratique du pickleball – aussi appelé tennis léger – ne représente donc pas un problème.

Par contre, sa notoriété croissante crée certains enjeux pour sa pratique estivale, à l’extérieur.

Une cohabitation problématique

Tant chez Tennis Montréal que chez Tennis Québec, ce « sujet chaud » revient constamment dans les discussions depuis quelques années. Et les inquiétudes – voire les plaintes – à ce sujet sont grandissantes.

Pourquoi ? Parce que de plus en plus de terrains de pickleball sont lignés sur des courts de tennis extérieurs. À Montréal, c’est le cas dans 11 des 19 arrondissements, dénombre Gabriel Trottier-Hardy, président de Tennis Montréal.

Or, cette cohabitation apporte son lot d’inconvénients pour la pratique du tennis, explique-t-il. Les principaux découlent de la multiplication des lignes qu’elle engendre.

Sur l’aire d’un terrain de tennis, on peut ligner jusqu’à quatre terrains de pickleball. Sur ceux du parc Beaubien, où nous avons rencontré le président de Tennis Montréal, deux terrains de pickleball ont été ajoutés sur chacun des huit terrains de tennis pour un total de 16 petits courts. Le filet, portatif, s’installe rapidement.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le filet nécessaire au pickleball s’installe rapidement sur les terrains extérieurs.

« Ici, c’est rendu vraiment le bateau amiral », indique Gabriel Trottier-Hardy.

Et les effets indésirables de cette prolifération de lignes sont nombreux pour les joueurs de tennis.

D’abord, l’évidence : le coup d’œil. Plus encore lorsque les lignes de pickleball sont jaunes. À Beaubien, c’est ce qu’on a fait sur la moitié des courts, alors que pour l’autre moitié, on a opté pour du bleu-vert, beaucoup moins visible.

Ils [l’arrondissement] ont décidé, je pense, sur quatre courts, de faire très plaisir au pickleball et de l’autre, un peu moins. Comme si on avait voulu ménager la chèvre et le chou.

Gabriel Trottier-Hardy

La multiplication des lignes amène aussi un enjeu de sécurité puisque celles-ci prennent davantage de temps à sécher après une averse et sont donc plus glissantes.

Et on apporte un autre élément chez Tennis Québec.

« Quand la balle touche la ligne, elle accélère. Donc si, en plus, on ajoute des lignes de pickleball, ça devient franchement plus difficile », fait valoir sa directrice générale adjointe, Andréanne Martin.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Andréanne Martin, directrice générale adjointe de Tennis Québec

Voilà pour les lignes.

Et puis, il y a le bruit, ajoutent les deux intervenants. Le poc-poc-poc que produit le son de la raquette de pickleball – pleine plutôt que cordée – au contact de la balle de plastique dure utilisée. Sur cet aspect, peut-être que chacun devra mettre un peu d’eau dans son vin, cela dit.

Finalement, la question de la disponibilité des courts. Les organismes de tennis affirment que la quantité de terrains par rapport à la demande était déjà un enjeu croissant.

Être consulté

Le parc Beaubien a été rénové en 2019. Un groupe de joueurs de tennis s’était mobilisé contre le lignage pour le pickleball, souligne Gabriel Trottier-Hardy.

Tennis Montréal, un OSBL, n’est pas responsable de la pratique libre, mais donne des cours – pour tous les âges et tous les niveaux, y compris du sport-études – et gère des ligues. L’organisme est donc aussi directement concerné. Sans compter qu’il souhaite soutenir et favoriser la pratique libre, bien qu’il ne la chapeaute pas.

Cette pratique libre, ce sont les arrondissements qui la gèrent. Or, l’appareil politique municipal montréalais étant ce qu’il est, chacun des 19 arrondissements fait les choses à sa façon, relève M. Trottier-Hardy.

Être consulté, c’est ce que réclame, minimalement, Tennis Montréal.

Il l’a été à Lachine, notamment, où ses demandes ont été entendues et appliquées. Un faible nombre de terrains a été ligné pour le pickleball, et en ton sur ton plutôt qu’en jaune.

Gabriel Trottier-Hardy n’est pas surpris que de plus en plus de gens – même des jeunes – soient séduits par le pickleball. « Ça se comprend, ça doit être le fun à jouer ! », lance-t-il.

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Gabriel Trottier-Hardy, président de Tennis Montréal

Mais c’est aussi, justement, la source de sa crainte. Qu’à toutes les prochaines rénovations de courts de tennis s’ajoute automatiquement du lignage pour le pickleball. Il pense notamment au parc Nicolas-Viel, « le plus beau à Montréal ».

Je ne veux pas partir en guerre, je suis bien content que les gens bougent. Mais est-ce qu’on peut le faire sans être trop intrusif pour le tennis et en respectant certaines normes ? Ça ne va pas disparaître, c’est juste de trouver des manières de chapeauter ça un peu mieux.

Gabriel Trottier-Hardy, président de Tennis Montréal

Les solutions

Le pickleball favorise l’activité physique. En particulier chez les retraités, les gens dans la soixantaine et plus, qui constituent 95 % de ses adeptes, estime Sébastien Gilbert-Corlay, directeur de la Fédération québécoise de pickleball – ou Pickleball Québec – depuis quelques semaines.

Je comprends les enjeux du tennis, ils ne veulent pas perdre de terrains. Et pour le pickleball, l’idée n’est pas non plus d’aller empiéter sur les aires de jeu – que ce soit le badminton en intérieur ou le tennis en extérieur – et de prendre la place. Il faut qu’il y en ait pour tout le monde.

Sébastien Gilbert-Corlay, directeur de la Fédération québécoise de pickleball

Lui-même un ancien de Tennis Canada et de Badminton Québec, il ajoute qu’il comprend également que la prolifération des lignes au sol « nuit à la qualité de l’expérience et du jeu » pour le tennis.

Alors, quelles sont les solutions ?

La meilleure est évidemment de construire des plateaux spécifiques au pickleball, comme l’a d’ailleurs fait Drummondville en 2019. Et que les deux sports aient ainsi chacun accès à leur propre environnement.

Comme c’est souvent le cas, toutefois, la solution idéale est aussi la plus onéreuse. À Drummondville, la construction du parc de 12 terrains destinés au pickleball a coûté 600 000 $, fait savoir Thomas Roux, du service des communications de la Ville.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

La cohabitation entre le tennis et le pickleball sur les terrains extérieurs apporte son lot d’inconvénients, notamment la multiplication des lignes qu’elle engendre.

Une autre possibilité est d’ajouter des lignes sur l’asphalte des patinoires extérieures.

Alors, à tout le moins, les municipalités qui ont plus d’un site de tennis devraient se tourner vers ceux qui possèdent le moins de terrains pour procéder à du lignage de pickleball, propose Andréanne Martin. Puisque, de toute façon, il est difficile pour Tennis Québec d’organiser des activités dans les endroits qui ne comptent que deux terrains.

Finalement, pour les gens du tennis, le lignage ton sur ton devrait être privilégié, comme l’a déjà expliqué Gabriel Trottier-Hardy. Et, dans les grands parcs montréalais, ne pas ligner en pickleball la totalité des terrains.

Bien des municipalités travaillent en ce moment à leur offre de services pour le pickleball afin de répondre à une demande croissante, indique Sébastien Gilbert-Corlay.

« C’est tout un sujet. Quand on rencontre des municipalités, elles nous demandent toujours : “Qu’est-ce que vous faites pour le pickleball ?” », rapporte la DG adjointe de Tennis Québec.

À défaut de parcs ou de terrains construits spécialement pour le pickleball, il faudra fixer les compromis acceptables pour tous.

 

Source primaire: https://www.lapresse.ca/sports/2021-07-05/pickleball/attenuez-ces-lignes-que-je-ne-saurais-voir.php#

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